Prévenir les risques psychosociaux : pourquoi les gestionnaires sont au cœur de la prévention
Depuis la Loi 27, la prévention ne peut plus être improvisée
Depuis l’entrée en vigueur de la Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail (Loi 27), les employeurs québécois doivent intégrer les risques psychosociaux à leur démarche de prévention.
Cette obligation représente une évolution importante des pratiques en santé organisationnelle. Les organisations doivent désormais identifier, évaluer et mettre en place des moyens pour prévenir des risques, comme le stress chronique, la surcharge de travail, les conflits, le harcèlement ou encore le manque de reconnaissance.
Dans plusieurs entreprises, cette nouvelle réalité a entraîné la mise en place de politiques, de procédures et d’outils de prévention.
Les 5 principaux risques psychosociaux reconnus par la CNESST
Les risques psychosociaux sont des facteurs liés à l’organisation du travail, aux pratiques de gestion ou aux relations interpersonnelles qui peuvent avoir un impact sur la santé psychologique et physique des travailleurs. Lorsqu’ils sont présents de façon importante ou prolongée, ils augmentent notamment les risques de stress chronique, d’épuisement professionnel, d’anxiété, de détresse psychologique et d’absentéisme.
La CNESST met notamment en évidence cinq grandes catégories de risques psychosociaux à considérer dans une démarche de prévention.
1. Une charge de travail excessive
Une surcharge de travail, des délais irréalistes ou des ressources insuffisantes peuvent entraîner un niveau de stress élevé et nuire à la capacité des employés à accomplir leur travail de façon durable.
2. Une faible autonomie décisionnelle
Lorsque les employés disposent de peu de latitude pour organiser leur travail ou prendre certaines décisions, ils peuvent ressentir un sentiment d’impuissance qui contribue à la détérioration de leur bien-être.
3. Un faible soutien des gestionnaires ou des collègues
Le soutien social joue un rôle essentiel dans la prévention des risques psychosociaux. Un manque d’écoute, de reconnaissance ou d’accompagnement peut accentuer les effets du stress et favoriser l’isolement.
4. La violence et le harcèlement au travail
Les comportements irrespectueux, les conflits persistants, l’intimidation, le harcèlement psychologique ou sexuel ainsi que toute forme de violence représentent des risques majeurs pour la santé psychologique des personnes et le climat de travail.
5. Une faible reconnaissance au travail
Lorsque les efforts, les compétences ou les contributions des employés sont peu reconnus, leur motivation, leur engagement et leur sentiment d’appartenance peuvent diminuer, ce qui augmente les risques de détresse psychologique.
Pourquoi ces risques concernent directement les gestionnaires?
Bien que ces risques découlent de plusieurs facteurs organisationnels, les gestionnaires occupent une position privilégiée pour les détecter, les prévenir et intervenir rapidement lorsque des signes apparaissent.
C’est pourquoi le développement de leurs compétences, notamment en intelligence émotionnelle, constitue un levier concret pour agir sur plusieurs de ces facteurs de risque avant qu’ils n’aient des conséquences importantes sur les équipes et sur l’organisation.
Source : CNESST – Prévention des risques psychosociaux liés au travail.
Qui met réellement ces pratiques en action au quotidien?
Dans la majorité des cas, ce sont les gestionnaires.
Le gestionnaire est au premier plan de la prévention
Le gestionnaire est souvent la première personne à observer les changements dans son équipe.
Au quotidien, il est appelé à :
- soutenir ses employés;
- gérer la pression opérationnelle;
- intervenir lors de conflits;
- maintenir la mobilisation;
- communiquer les changements;
- assurer la performance.
Son influence dépasse largement la gestion des opérations.
Par ses interventions quotidiennes, il contribue directement au climat de travail et à la santé psychologique de son équipe.
Mais qui soutient les gestionnaires?
Cette réalité soulève une question importante.
On demande beaucoup aux gestionnaires, mais leur donne-t-on réellement les moyens d’assumer toutes ces responsabilités?
Selon Recherche en santé mentale Canada, 53 % des gestionnaires canadiens présentent des lacunes en intelligence émotionnelle dans au moins un domaine clé. Cette compétence est pourtant essentielle pour reconnaître les émotions, gérer les situations de tension et maintenir des relations de travail saines.
Lorsqu’un gestionnaire est lui-même en surcharge, il lui devient plus difficile :
- d’identifier les signaux faibles;
- d’avoir des conversations délicates;
- de prendre du recul sous pression;
- d’intervenir rapidement lorsque des tensions apparaissent.
Ce n’est généralement pas un manque de volonté.
C’est souvent un manque d’outils.
Pourquoi l’intelligence émotionnelle devient une compétence stratégique?
Pendant longtemps, les compétences techniques suffisaient à faire évoluer un gestionnaire.
Aujourd’hui, le contexte est différent.
Les équipes vivent davantage de changements, les attentes sont plus élevées et les enjeux humains occupent une place grandissante.
Développer l’intelligence émotionnelle permet notamment de :
- reconnaître ses propres réactions face au stress;
- mieux réguler ses émotions;
- comprendre les dynamiques relationnelles;
- favoriser des conversations constructives;
- instaurer un climat de confiance.
Ces habiletés permettent d’intervenir avant que les difficultés ne prennent de l’ampleur.
Des bénéfices qui dépassent la conformité
Former les gestionnaires ne répond pas uniquement aux exigences de la Loi 27.
Les organisations qui investissent dans leur développement constatent également plusieurs retombées positives :
- une meilleure communication;
- une diminution des tensions;
- des équipes plus engagées;
- un climat de travail plus sain;
- une performance plus durable.
La prévention devient alors une pratique intégrée au quotidien plutôt qu’une simple obligation réglementaire.
Faire des gestionnaires un levier durable de prévention
Les risques psychosociaux ne se préviennent pas uniquement grâce à des politiques.
Ils se préviennent aussi grâce à la qualité des interactions humaines qui ont lieu chaque jour dans les équipes.
En donnant aux gestionnaires les outils nécessaires pour mieux comprendre leurs propres réactions, accompagner leurs employés et intervenir avec justesse, les organisations renforcent leur capacité à prévenir les situations à risque tout en favorisant un environnement de travail plus sain.
Chez SCE, nous croyons que le développement des gestionnaires constitue l’un des investissements les plus porteurs pour améliorer durablement la santé organisationnelle. Parce qu’un gestionnaire bien outillé devient non seulement un meilleur leader, mais également un acteur clé de la prévention des risques psychosociaux.